Que penser de la correction actuelle sur les marchés financiers ?

L’annonce par le gouvernement chinois le 11 août 2015 d’une modification du mode de cotation du yuan et la dépréciation qui a suivi ont déclenché une nouvelle phase de panique sur les marchés financiers. La pression s’est notamment portée sur les devises émergentes, les craintes d’une guerre des changes se faisant jour. Les marchés actions émergents, déjà sous pression, ont accentué leur baisse et ont emporté les marchés développés dans le mouvement. La faible liquidité des marchés en cette période estivale a sans doute amplifié la baisse.

Une baisse du Yuan qui interroge sur la croissance chinoise

La banque centrale chinoise a rendu son fixing du yuan plus dépendant des marchés. En conséquence, le yuan s’est déprécié de 3% depuis.

Cela répond à son objectif de faire entrer le yuan dans le panier de devises de référence (DTS) du FMI et d’internationaliser sa monnaie. Compte tenu de l’impact limité des variations de change sur la croissance chinoise (une baisse de 10% du taux de change effectif réel n’augmente la croissance que de 0,2-0,4 point), il est peu probable en revanche que le soutien de la croissance soit l’objectif de cette mesure. Néanmoins, après des chiffres rassurants pour le mois de juin, les statistiques publiées en août ont déçu et c’est cette interprétation négative qui a dominé.

Que la croissance chinoise ralentisse est indéniable. Comme nous l’avons déjà dit, l’économie chinoise doit passer d’une croissance tirée par l’investissement extensif à une croissance tirée par la consommation. Cela entraîne nécessairement un ralentissement de l’économie et des conséquences négatives pour certains secteurs. La question clé reste donc la capacité des autorités chinoises à accompagner ce ralentissement. Il nous semble qu’elles disposent encore des capacités d’action tant sur le plan budgétaire que sur le plan monétaire. Lundi 24 août, la réaction très négative des marchés s’explique d’ailleurs en partie par l’absence d’annonce de la part de la banque centrale ou du gouvernement. Des annonces dans les prochaines semaines nous semblent probables.

Qu’en est-il pour le reste du monde ?

La baisse des prix des matières premières, liée à ces inquiétudes sur la croissance chinoise, a amplifié la contagion aux autres pays émergents. Concernant le pétrole, nous pensons que la baisse actuelle s’explique par l’offre très abondante davantage que par la faiblesse de la demande. Cette baisse constitue une très bonne nouvelle pour l’économie mondiale. Evidemment, un certain nombre de pays émergents très sensibles aux matières premières se retrouvent encore sous pression, mais en réalité lorsqu’on regarde des pays comme le Brésil ou la Russie, cela fait déjà plusieurs années qu’ils ont ralenti.

Du côté des pays développés, les dernières statistiques restent bien orientées. Les indices PMI flash du mois d’août ont été bons dans la zone euro et au Japon. Aux Etats-Unis, le secteur manufacturier ralentit légèrement mais on observe par ailleurs une accélération de l’activité dans la construction et les chiffres de la consommation ont été revus en hausse. Les inscriptions hebdomadaires au chômage, un des meilleurs indicateurs en temps réel de l’économie américaine, restent sur un niveau particulièrement bas. N’oublions pas que l’amélioration des économies développées est essentiellement domestique. Globalement la croissance devrait y rester bien orientée.

Une volatilité qui devrait amener la Fed à être prudente ?

A trois semaines de la réunion de la Fed, la fébrilité actuelle des marchés mondiaux aura certainement pour conséquence de retarder la première hausse de taux de septembre à décembre. Même si les considérations domestiques dominent dans la réflexion de la banque centrale, elle prend toujours en compte le contexte global. Vu le niveau d’incertitude et de volatilité, la Fed pourrait préférer attendre un peu.

Conséquences pour les marchés

Si l’on peut s’interroger sur les actions américaines ou les actions émergentes, nous conservons notre vision favorable du marché actions de la zone euro. Les prévisions de résultats pour l’année 2015 ont été revues en hausse sur les derniers mois et la croissance devrait atteindre 16%. D’après Morgan Stanley, les pays émergents représentent 30% du chiffre d’affaires des entreprises cotées de la zone euro dont seulement 6% pour la Chine. En terme de valorisation, la correction a ramené le ratio cours/bénéfice des actions de la zone euro à son plus bas niveau depuis la correction d’octobre 2014 (13x). Auparavant, il faut remonter à l’été 2013, lorsque la zone euro sortait tout juste de récession, pour avoir un multiple inférieur à 13. Régulièrement, les marchés actions connaissent de violentes crises d’inquiétude qui ont été jusqu’à présent des opportunités d’achat. Nous pensons qu’il en est de même aujourd’hui.

 

 

 

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Julien-Pierre Nouen

Directeur des études économiques et de la gestion diversifiée