Point Conjoncturel – Février 2018

 

De la croissance mais toujours pas d’inflation

La croissance dans la zone euro est restée ferme au quatrième trimestre 2017, ressortant à +2,4% en rythme annualisé (+2,9% au troisième trimestre) selon la seconde estimation d’Eurostat qui ne fournit pas de détail. Cela porte la croissance sur l’ensemble de l’année 2017 à +2,5% (+1,8% en 2016) soit le rythme le plus rapide depuis dix ans.

Les enquêtes de confiance montrent que l’activité reste bien orientée au début de 2018. Le PMI composite de la zone euro a enregistré une nette baisse en février (-1,3 point à 57,7) mais il avait atteint un plus haut depuis douze ans en janvier. Il reste sur un niveau cohérent avec une croissance de l’ordre de 3%.

La solidité de la croissance dans la zone euro s’accompagne d’une baisse rapide du taux chômage. Il est désormais au plus bas depuis début 2009 (8,7% en décembre selon Eurostat). La bonne nouvelle est qu’il baisse maintenant dans tous les pays de la zone euro, y compris dans certains pays comme l’Italie où il restait élevé. En France, le taux de chômage a enregistré une baisse historique au quatrième trimestre (-0,7 point à 8,9% selon l’INSEE).

Malgré la solidité de la croissance et la baisse du chômage, l’inflation dans la zone euro demeure encore modeste. L’inflation globale a ralenti à +1,2% sur un an en estimation préliminaire pour février, après +1,3% et +1,4% les deux mois précédents. De façon plus rassurante pour la BCE, l’inflation hors énergie et alimentation est stable à +1,0% sur un an depuis deux mois après trois mois consécutifs à +0,9%.

Lors de sa dernière réunion, le 25 janvier, la BCE a sans surprise maintenu le statu quo sur sa politique monétaire. La tonalité du discours de Mario Draghi était globalement accommodante, sans doute pour éviter un durcissement supplémentaire des conditions financières, dans un contexte d’appréciation de l’euro et de remontée des taux d’intérêt.

Mario Draghi a indiqué que l’amélioration des perspectives économiques renforçait la confiance de la BCE dans un retour de l’inflation à la cible tout en soulignant que la volatilité du taux de change constituait une source d’incertitude. Il a également jugé qu’il n’y avait que très peu de chances de voir une hausse des taux directeurs dès cette année.

 

 

Accélération des salaires et de l’inflation à relativiser

Le PIB américain a progressé de +2,6% en rythme annualisé au quatrième trimestre 2017, soit un léger ralentissement après deux trimestres supérieurs à 3,0% et une légère déception par rapport aux attentes.

En réalité, ce chiffre ne reflète pas le dynamisme de la demande domestique américaine, puisque si l’on retranche les contributions très négatives du commerce extérieur    (-1,1% du fait d’importations très dynamiques) et du stockage (-0,7%), la demande domestique finale a progressé de 4,3%, soit un des niveaux les plus élevés des quinze dernières années.

Parmi les moteurs de cette croissance, la consommation a été particulièrement dynamique (+3,8% en volume). Ce niveau élevé sera sans doute dur à tenir car le taux d’épargne a nettement baissé sur les derniers trimestres. La stagnation des ventes au détail en janvier est cohérente avec un ralentissement de la consommation privée au premier trimestre 2018.

La consommation devrait toutefois être soutenue par la bonne tenue des créations d’emplois et une éventuelle accélération des salaires. De plus, la confiance des consommateurs se maintient sur un niveau proche des plus hauts atteints dans ce cycle.

Les bonnes surprises sur les salaires (+2,9% sur un an contre +2,6% attendu, après un chiffre révisé en hausse de 0,2 point à +2,7% en décembre) et l’inflation sous-jacente en janvier (+0,34% sur un mois contre +0,20% attendu) doivent être relativisées.

En effet, l’accélération du salaire horaire concerne surtout la série principale qui englobe l’ensemble des salariés. L’autre mesure du salaire horaire centrée sur les salariés hors cadres, pour qui cette notion est sans doute plus pertinente, est stable à +2,4% sur un an.

D’autre part, si l’on regarde d’autres mesures plus complètes, comme l’enquête trimestrielle sur le coût de l’emploi, on ne voit pas de brusque accélération des salaires. S’agissant des prix à la consommation, l’indice sous-jacent (hors énergie et alimentation) a fortement augmenté au mois de janvier mais le glissement annuel est stable à +1,8%.

La hausse des salaires et de l’inflation est pour l’instant mesurée mais la tension actuelle du marché du travail pourrait finir par entrainer une accélération plus franche. D’autant que le plan de relance budgétaire de Donald Trump pourrait faire accélérer une économie américaine déjà proche du plein emploi.

 

Une croissance forte en 2017

Le PIB chinois a augmenté de +6,8% sur un an au quatrième trimestre 2017, un rythme similaire à celui du troisième trimestre et qui porte la croissance sur l’ensemble de l’année à +6,9% (+6,7% en 2016). Ce chiffre est un peu plus fort que l’objectif de croissance du gouvernement (« environ 6,5% ») et supérieur aux prévisions de début d’année.

En termes nominaux, l’accélération de la croissance est encore plus significative (+11,2% en 2017 contre +7,9% en 2016). Combinée à un ralentissement du crédit, celle-ci a permis de freiner la hausse du ratio dette/PIB (256% du PIB au troisième trimestre 2017 selon les données de l’IIF).

Du côté de la demande, l’accélération de 0,2 point de la croissance du PIB en 2017 a été permise par le commerce extérieur, la demande domestique ayant ralenti. Du côté de l’offre, l’amélioration s’explique principalement par le secteur des services (51,6% du PIB), en particulier par le secteur des technologies de l’information et de la communication (TIC).

Le secteur des TIC ne représente que 3,5% du PIB chinois mais il connaît une croissance très rapide (+26,0% en 2017, +18,0% en 2016). L’industrie a également contribué à faire accélérer la croissance à l’inverse des services immobiliers et de la construction.

La bonne tenue de l’activité en 2017 a permis aux autorités chinoises de réduire leur soutien à l’économie. Dans les faits, cela se traduit entre autres par un ralentissement du crédit (+12,2% sur un an en janvier) et du marché de l’immobilier sur les derniers mois dont l’impact sur l’activité est à surveiller.

Les indices PMI de janvier sont plutôt rassurants et particulièrement bien orientés dans le secteur non-manufacturier. Le PMI composite de Caixin a atteint un plus haut depuis sept ans en janvier (53,7 contre 53,0 en décembre).

Le gouvernement a clairement indiqué que la priorité cette année serait donnée à la qualité de la croissance plutôt qu’à la quantité. L’enjeu porte sur le positionnement du curseur. L’annonce par le gouvernement de sa cible de croissance en 2018, au mois de mars, constituera un signal fort.

 

 

 

L’opinion exprimée ci-dessus est datée du 27 octobre 2017 et suceptible de changer.
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