Interview d’Eva Zavaro

Dans le cadre de ses actions de mécénat, Lazard Frères Gestion souhaite apporter son soutien aux artistes en conviant chaque mois des musiciennes et musiciens de renom à faire résonner leurs accords malgré le silence des salles de concert. Pour cette quatrième vidéo, nous avons le plaisir de vous faire découvrir Eva Zavaro, violoniste française, qui a également accepté de répondre à nos questions.

1/ Vous avez grandi dans une famille de musiciens, votre mère étant également violoniste. Comment vous a-t-elle transmis cette passion ?

Il y avait une sorte d’émulation entre nous. Enfin, surtout de mon côté, je suppose. C’était extrêmement stimulant d’avoir une professionnelle à laquelle se frotter, ma mère étant, toute subjectivité mise de côté, une musicienne à l’intensité hors du commun. Elle me houspillait souvent au travail, m’exhortait à toujours plus d’expressivité et d’engagement dans le jeu au violon. Nous avons quelques fois joué ensemble. Aujourd’hui, nous avons un lien très fort. Je lui dois mes deux langues maternelles : la musique et le polonais !

2/ Pouvez-vous nous parler de votre parcours musical qui dépasse les frontières françaises ?

J’ai toujours eu de très bons professeurs de conservatoires à Paris, ville où j’ai grandi. Ce n’est que plus tard, vers mes 19 ans, que j’ai pu voler de mes propres ailes vers l’Allemagne, à Munich, où j’avais pu obtenir une place dans la classe de mon idole violoniste : Julia Fischer. Cette immense légende vivante du violon m’a fait énormément progresser en me faisant brasser beaucoup de grands répertoires : concertos de Tchaïkovski, Dvorak, Britten… Elle joue avec une grande aisance sur l’instrument, une décontraction déconcertante, un son si plein et modulable à la fois. La voir jouer elle-même durant les cours suffisait à m’électriser pour la semaine. J’ai eu la chance de jouer en concert à ses côtés plusieurs fois : en musique de chambre à Francfort en 2015, et en soliste à la Philharmonie de Berlin (elle tenait le rôle de Konzertmeister) en 2019. N’est-ce pas digne d’un rêve ?

3/ Quel morceau avez-vous choisi de jouer dans cette vidéo ?

J’ai choisi la sublime et simple « Mélodie » de Tchaïkovski. Tchaïkovski n’a malheureusement pas écrit de sonate pour violon et piano, je me console donc avec les trois pièces de son « Souvenir d’un lieu cher » op. 42, dont la Mélodie constitue la troisième pièce. C’est un de mes compositeurs favoris. Il savait exactement sur quelle corde sensible jouer pour tirer les larmes, je trouve. C’est une musique d’une pureté passionnée qui me touche tout particulièrement.

4/ Comment vivez-vous la fermeture des salles de concert, qui intervient au tout début de votre carrière ?

Je la vis de manière nuancée… il y a des jours où je prends conscience du précieux de ce temps qui nous est « offert » (de force). En tant que jeune violoniste, les concerts, la pression commencent très tôt, et le travail est sans relâche. Je crois que c’est la première fois que je peux penser un peu à autre chose, m’ouvrir à la littérature, réfléchir, prendre du temps. C’est un luxe énorme que je ne m’autoriserais sans doute pas dans un contexte différent. D’un autre côté, j’ai aussi eu des propositions de concert très stimulantes que je dois au changements de programmation dus au Covid. J’ai notamment pu faire un concert en soliste avec l’Orchestre de Paris à la Philharmonie en mars (malheureusement sans public, capté en vidéo) !

Mais ce qui m’inquiète, c’est l’incertitude, le brouillard quant à l’issue de tout cela. Combien de temps serons-nous suspendus de la sorte ? Y a-t-il un retour possible ? Les mesures restrictives ne deviendront-elles pas la norme ? La manière dont nous vivions avant la crise sanitaire semble appartenir au monde d’hier ! Pour résumer, ma situation personnelle ne m’inquiète pas vraiment, mais je m’interroge au sujet des conséquences sur la société ou sur le concert public, que la vidéo ne remplacera jamais…

 

Voir aussi : https://lazardfreresgestion-tribune.fr/interview-de-celia-oneto-bensaid/

Crédit photo : Claire Gaby


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