, ENTRE NOUS | Lettre de la Gestion Privée Q3 2020

ENTRE NOUS | Lettre de la Gestion Privée Q3 2020

Dividendes : de quoi êtes-vous le nom ?

La période récente de stress économique a conduit de nombreuses voix à s’exprimer sur les dividendes, soulevant des interrogations. Quelques réponses avec François de Saint-Pierre, Associé-Gérant, Responsable de la Gestion Privée

Qu’est-ce qu’un dividende ?

Un dividende est un transfert de liquidités de l’entreprise vers ses actionnaires. Par son activité et ses ventes, une fois payées toutes ses charges, les entreprises génèrent des liquidités qui leur permettent d’investir. Une fois ces investissements réalisés, il peut encore rester des liquidités qui trouvent alors plusieurs usages : le remboursement des dettes ou la croissance externe. Concomitamment, l’entreprise peut allouer tout ou partie de ces liquidités au paiement de dividendes.

La valeur de l’entreprise étant principalement constituée de sa capacité à générer du cash à long terme, la distribution de liquidités par l’entreprise vient diminuer d’autant sa valeur actuelle. Ainsi, une entreprise dont la valeur serait de 100, qui verse 5 de dividende, voit sa valeur réduite de 5 une fois le dividende détaché. Il n’y a donc aucune création de richesse par le mécanisme du paiement d’un dividende : il s’agit bien d’un simple transfert de liquidités de l’entreprise vers ses actionnaires. C’est un arbitrage pour ceux-ci entre une perte en capital -l’action passant de 100 à 95- et le gain d’un revenu de 5.

Le dividende ne correspond donc pas à la rémunération des actionnaires. La seule richesse créée par cette opération est pour l’État, cette distribution donnant lieu à fiscalité. En France, et en retenant la situation la plus simple des personnes physiques, les impôts et les charges sociales cumulées sur les dividendes sont normalement de 30%, si bien que l’État prélevant 1,5 (30% de 5) l’actionnaire ne touchera que 3,5 mais perdra bien 5 en capital.

Pourquoi les entreprises payent-elles des dividendes ?

Une entreprise peut se trouver avec une génération de liquidité excédentaire par rapport à ses besoins de financements. Elle peut juger ne pas devoir la conserver sauf à l’immobiliser sans rémunération ou à prendre le risque de lancer des projets de croissance susceptibles de dégrader sa rentabilité. En rendant ces liquidités aux actionnaires, elle confirme qu’elle est à l’optimum de son arbitrage rentabilité-croissance.

En effet, l’allocation du capital se fait normalement vers les projets ayant le meilleur couple rentabilité-croissance ajusté du risque pris. Comme il est du devoir du management et de la gouvernance de l’entreprise de s’assurer du bon usage des liquidités générées par l’entreprise, il est du devoir de ceux-ci, en l’absence de tels projets, de s’assurer de la réinjection de ces liquidités dans le système productif en le rendant aux actionnaires. Charge à eux de le consommer ou de le réinvestir dans les projets de leur choix.

Néanmoins, des stratégies financières peuvent contredire cette évidence. Dans les périodes de retournement cyclique, les entreprises génèrent moins de cash ou peuvent même en consommer et donc avoir besoin de liquidités. Dans ces périodes le système financier est aussi sous tension et les liquidités sont rares.

L’accumulation de cash par une entreprise peut donc être une stratégie préventive valable, voire nécessaire, pour les entreprises cycliques qui veulent passer ainsi le cycle sans dommage. Pour les entreprises peu ou pas cycliques, ce peut être une stratégie d’autonomie financière permettant d’être actives et agiles dans les moments troublés.

Ainsi, certaines entreprises paraissent avoir des bilan « surcapitalisés » parce qu’elles disposent de cash net ou de niveau d’endettement très faible permis par une génération de liquidités importante et assez régulière qui n’est pas totalement retournée aux actionnaires.

Mais on trouve aussi d’autres stratégies. Berkshire Hathaway, créée et présidée par le célèbre Warren Buffett, a toujours réinvesti ou conservé le cash généré par son groupe et capitalise 470 milliards de dollars. Sans avoir jamais versé un dividende, ses actionnaires ont pourtant bien été associés à la création de richesses du conglomérat.

La politique de distribution de dividendes est donc bien le résultat de la position de l’entreprise dans le cycle, de sa stratégie globale et de sa tactique financière. Elle est proposée par le conseil d’administration et approuvée par les actionnaires qui en sont propriétaires.

En période de récession brutale et profonde, les conseils d’administration responsables vont évidemment bien évaluer la situation financière de l’entreprise avant de proposer un transfert de liquidités vers les actionnaires. Et éventuellement revoir les décisions qui ont été prises comme récemment au regard de la dégradation de l’activité.

Pourquoi les actionnaires peuvent vouloir des dividendes ?

C’est à la nature des actionnaires qu’il faut s’intéresser et distinguer ceux qui ont une préférence pour la liquidité et une indifférence à la baisse du prix de leur action.

Au premier rang des institutionnels, on trouve les grands investisseurs que sont les fonds de pension et les assureurs. Ceux-ci ont des passifs à payer qu’ils assument avec les flux de revenus qu’ils perçoivent et donc les dividendes.

D’autres investisseurs ont pu s’endetter pour acheter des actions ; le paiement des intérêts, et le remboursement de tout ou partie du principal de leur dette d’acquisition doivent donc être couverts par les dividendes qu’ils reçoivent. Au centre de ce schéma se trouvent les fameux fonds de LBO (Leverage Buy Out).

Les personnes physiques peuvent aussi être demandeuses de dividendes, si elles sont indifférentes à la baisse du prix de l’action lors du détachement du dividende et si elles ont besoin de revenus. On trouve dans cette catégorie de nombreux actionnaires d’entreprises souvent familiales au départ ou des personnes souhaitant compléter une retraite. Enfin, nombre de créateurs et chefs d’entreprises se payent peu en salaires et complètent leurs rémunérations avec les dividendes, ce qui lie bien leur prospérité personnelle à leur succès.

Se focaliser sur le dividende comme étant le seul cœur de la rémunération de l’actionnaire est donc une erreur. C’est en fait une modalité de son droit de propriété. La politique de dividende en revanche mérite d’être bien construite et communiquée par les entreprises. Elle est un signal avancé de la croissance, de la profitabilité future et de la liquidité de l’entreprise.

 

L’opinion exprimée ci-dessus est datée du 15 juillet 2020 et est susceptible de changer.

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