Élections locales en Espagne : risque politique ?

EspagneAlors que les négociations avec la Grèce restent très difficiles, les élections locales en Espagne montrent-elles une extension du risque politique à d’autres pays de la zone euro ?

Les élections locales en Espagne

Les élections locales (une partie des régions et les municipalités) ont montré une forte érosion du Parti Populaire (centre-droit) actuellement au pouvoir, dont le score national est passé de 37% à 27%. Le Parti Socialiste affiche un score légèrement inférieur. Le résultat est présenté comme particulièrement favorable pour les jeunes partis Podemos et Ciudadanos. Rappelons que le premier découle des mouvements des indignés, se situe à l’extrême gauche et est très anti-européen. Le dernier semble se positionner au centre, est très pro-européen, et fait de la lutte contre la corruption une priorité.

La vie politique espagnole et ses partis

Ces deux partis bénéficient du profond désarroi de la population vis-à-vis des deux partis qui ont dominé la vie politique espagnole depuis plus de trente ans et dont de nombreux responsables sont empêtrés dans des affaires de corruption. Podemos n’a pas présenté de listes sous son seul nom mais a soutenu des listes d’initiative locale en accord avec ses idées : il faut donc être prudent quant à l’extrapolation de leurs résultats au niveau national.

L’indéniable amélioration de l’économie espagnole a constitué le principal argument du gouvernement actuel. En effet, la croissance s’élève à +2,6% sur un an au premier trimestre et le taux de chômage a baissé régulièrement pour atteindre 23,0% en mars contre un plus haut à 26,3% deux ans plus tôt. Néanmoins, le niveau du chômage reste très élevé et de toute façon, la politique n’est pas complètement déterminée par l’économie…

Que vont faire les différents partis ? Des alliances ? Mais l’attrait de Podemos et de Ciudadanos est justement de se présenter comme des partis anti-système, position difficile à maintenir s’ils choisissent de s’associer aux partis historiques. Podemos semble s’orienter vers un soutien possible pour le Parti Socialiste afin de faire basculer les exécutifs détenus par la droite, mais Pablo Iglesias, le leader du mouvement, insiste sur un abandon complet des mesures de réduction des dépenses publiques et sur diverses mesures contre la corruption. La situation de l’Andalousie, où les élections se sont tenues en mars montre qu’un tel accord n’est pas évident. Podemos refuse son soutien aux socialistes arrivés en tête car ces derniers ne veulent pas accéder à ses demandes. Ciuadadanos s’oriente davantage vers la lutte contre la corruption, et notamment sur la tenue de primaires pour les prochaines élections.

Regard sur les prochaines élections législatives

Les élections législatives doivent se tenir avant le 20 décembre 2015. 350 députés siègent au congrès des députés ; ceux-ci sont élus dans 52 circonscriptions, dont le nombre de sièges est défini de la manière suivante : deux sièges sont automatiquement attribués à chaque circonscription et deux à Ceuta et Melilla. Les 248 autres sièges sont attribués proportionnellement à la population. Globalement le scrutin favorise les plus gros partis mais sans prime majoritaire. Or le Parti Populaire reste en tête dans les sondages au niveau national. Ceux-ci montrent une relative érosion du soutien à Podemos depuis le début de l’année et une nette augmentation des scores de Ciudadanos. Podemos pourrait également souffrir d’un échec de Syriza en Grèce. Si cette dynamique se poursuit, Ciudadanos pourrait faire figure de faiseur de roi. Dans ce cas, les prochaines élections représenteraient un risque bien moindre.

Le résultat des élections montre que le bipartisme et la relative stabilité qu’il entraîne semblent donc partis pour laisser place à une assemblée bien plus fragmentée. Mais c’est aussi ce que l’on annonçait pour les élections britanniques qui ont pourtant, contre toute attente, donnée une majorité aux conservateurs. Il faudra donc continuer de surveiller l’évolution de la situation politique espagnole sans tirer de conclusions hâtives du dernier scrutin.

Conclusion

Pour l’instant, il n’y a pas eu véritablement d’impact à l’échelle des marchés européens de ces facteurs de risque.

Il est certainement trop tôt pour tirer des conclusions sur des élections qui se tiendront dans près de six mois.

 

 

 

 

 

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Julien-Pierre Nouen

Directeur des études économiques et de la gestion diversifiée