ÉCONOMIE | Lettre de la Gestion Privée Q1 2022

L’activité résiste bien à la nouvelle vague de contaminations, mais l’inflation accélère et les tensions restent fortes sur le marché du travail. Les marchés actions ont bien terminé l’année 2021 grâce à la révision en hausse des prévisions de bénéfices et aux nouvelles rassurantes sur le variant Omicron. Avec la reprise de l’économie et l’accélération de l’inflation, les banques centrales commencent progressivement à retirer leur soutien monétaire, ce qui amène une remontée des taux d’intérêt. Vont-elles devoir agir plus vite pour faire retomber l’inflation ?

Hausse des prix et tension des marchés du travail

La croissance américaine a ralenti à +2,5% en rythme annualisé au troisième trimestre, un chiffre un peu décevant, mais qui s’explique principalement par des problèmes dans les chaînes de production. La demande est bien orientée et les données sont cohérentes avec un net rebond de l’activité. Le marché de l’emploi est dynamique et le taux de chômage poursuit sa baisse à 3,9%. La demande de travail des entreprises est très forte, mais l’offre de main d’œuvre a du mal à suivre. Par conséquent, les salaires accélèrent. L’inflation atteint +7,0% sur un an, un niveau inédit depuis 1982, et +5,5% hors énergie et alimentation, un plus haut depuis 1991. Dans la zone euro, la réouverture des économies a permis un bond du PIB de +9,1% en rythme annualisé au troisième trimestre. L’activité résiste plutôt bien à la vague Omicron et les enquêtes de confiance sont cohérentes avec une croissance de l’ordre de +2,0% au quatrième trimestre. À 7,2%, le taux de chômage est passé sous son point bas d’avant crise. L’inflation atteint +5,0% au global et +2,6% hors énergie et alimentation, des plus hauts depuis la création de la zone euro. En Chine, les autorités assouplissent leur politique économique dans un contexte de ralentissement de la croissance à +0,8% en rythme annualisé au troisième trimestre.

Les marchés actions terminent bien l’année

Les marchés actions ont d’abord été soutenus par les bonnes surprises sur les publications de résultats d’entreprises, avant de corriger en novembre suite à l’émergence du variant Omicron. Les nouvelles plutôt rassurantes sur la dangerosité du virus et sur l’efficacité des vaccins ont ensuite permis un rebond en décembre. Sur l’ensemble du quatrième trimestre, le S&P500 en dollars a augmenté de +12,4% et l’Eurostoxx en euros de +5,5%. Le Topix en yen a baissé de 2,9% et l’indice MSCI des actions émergentes en dollars de 0,1%. En Europe, la hausse des prévisions de résultats a été supérieure à la hausse du marché, permettant une détente des multiples de valorisation.

Des banques centrales moins accommodantes

La Fed a débuté la réduction de ses achats d’actifs en novembre et a annoncé, en décembre, que le rythme de diminution de ses achats passerait de 15 à 30 milliards de dollars par mois, ce qui devrait les ramener à zéro en mars. La question de la réduction de son bilan a également été abordée. Les membres du comité de politique monétaire ont revu en hausse leurs prévisions de taux d’intérêts, à trois hausses d’un quart de point en 2022 et 2023 et deux de plus en 2024. La transition s’effectue plus en douceur du côté de la BCE. Christine Lagarde juge peu probable une remontée des taux d’intérêt en 2022, mais note tout de même des progrès vers l’objectif d’inflation. Le programme exceptionnel pour lutter contre les effets de la pandémie (PEPP) sera donc arrêté comme prévu à partir de mars 2022. Pour éviter une diminution trop rapide des achats d’actifs, les achats effectués dans le cadre de du programme « classique » (APP) seront temporairement augmentés. Les taux d’intérêt à long terme sont restés à peu près stables au quatrième trimestre, mais les taux courts se sont tendus. Le rendement à 10 ans du Trésor américain est passé de 1,49% à 1,51%, avec un point bas à 1,34% début décembre, et le rendement à 2 ans de 0,27% à 0,73%. Le taux à 10 ans de l’Etat allemand atteignait -0,17% fin décembre.

Dépréciation de l’euro

L’euro poursuit sa dépréciation face au dollar dans un contexte d’augmentation du différentiel de taux d’intérêt avec les Etats-Unis. Il est passé de 1,16 à 1,14 sur le trimestre, une baisse de 1,8%.

Perspectives 2022 : poursuite de la reprise, mais des incertitudes sur l’inflation

La persistance d’un contexte épidémique difficile ne devrait pas interrompre la reprise économique, tout au plus la ralentir. L’immunité induite par les vaccins protège des formes graves liées au variant Omicron et les restrictions sont modérées. Même si les mesures venaient à être renforcées, la probable poursuite du soutien budgétaire préserverait la capacité de rebond de l’économie, comme observé jusqu’à présent. L’amélioration des bilans du secteur privé va continuer d’alimenter la croissance et la levée des problèmes d’approvisionnement constituerait un facteur de soutien supplémentaire. La principale question porte sur l’inflation. Ralentira-t-elle autant que les banques centrales l’espèrent en 2022 ? Ce n’est pas sûr. Aux Etats-Unis, les effets de base pourraient avoir un effet déflationniste à partir du printemps, mais l’augmentation du coût du logement va continuer de se diffuser dans les statistiques. Les tensions du marché du travail provoquent par ailleurs une accélération des salaires qui se diffuse dans les services intensifs en main d’œuvre.  Si l’inflation ralentit suffisamment, les banques centrales vont pouvoir agir à un rythme modéré. Si ce n’est pas le cas, elles devront accélérer et potentiellement faire basculer l’économie en récession. Eu égard aux délais d’impact de la politique monétaire et au niveau extrêmement accommodant de la politique actuellement menée, cela pourrait prendre du temps. Ce contexte économique incertain et la valorisation extrême des marchés actions américains justifient sans doute une plus grande prudence vis-à-vis des actifs risqués.

***

Voir aussi : https://lazardfreresgestion-tribune.fr/economie-lettre-de-la-gestion-privee-q4-2021/

L’opinion exprimée ci-dessus est datée du 21 janvier 2022 et est susceptible de changer.

Ce document n’a pas de valeur pré-contractuelle ou contractuelle. Il est remis à son destinataire à titre d’information. Les analyses et/ou descriptions contenues dans ce document ne sauraient être interprétées comme des conseils ou recommandations de la part de Lazard Frères Gestion SAS. Ce document ne constitue ni une recommandation d’achat ou de vente, ni une incitation à l’investissement. Ce document est la propriété intellectuelle de Lazard Frères Gestion SAS. LAZARD FRERES GESTION – S.A.S au capital de 14.487.500€ – 352 213 599 RCS Paris 25, RUE DE COURCELLES – 75008 PARIS.

 


-- PDF --